Présentation

La librairie, papeterie, Le Marque Page à Quintin dans les Côtes d'Armor, vous souhaite la bienvenue sur son site internet. 

Ouverte depuis 2010, Le Marque Page est une librairie généraliste et scolaire et une papeterie pour les particuliers, les écoles et les entreprises.

Découvrez un fond de 10 000 ouvrages ainsi qu'un large choix de livres disponibles sur commande (par téléphone ou par mail).

Je mets mon expérience et ma passion à votre disposition pour vous conseiller et vous faire partager mes coups de coeur. Je conseille également les bibliothèques, médiathèques et écoles pour l'achat de livres. 


 
 
 

 


Mes conseils du moment

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Keep Calm and read..... "Little Bird" de Craig Johnson
 


 

Découvrons aujourd’hui pourquoi il est plus sain de se plonger dans la lecture du premier volet de la série de Craig Johnson plutôt que de s’abrutir dans celle du pamphlet nauséabond de Zemmour…
Parce qu’un flic, dont le meilleur ami a lu Steinbeck et sert des bières au “Red Pony”, jouit d’un capital sympathie autrement plus conséquent qu’un polémiste énervé et verticalement contrarié…
Réjouissons-nous donc de l’arrivée de l’automne, et rencontrons Walt Longmire, alors que les premières neiges tombent sur le comté d’Absaroka :

Jusqu'ici tout va bien...

En apparence, la vie à Durant, Wisconsin, suit son morne cours de petite ville américaine, entre le resto de Dorothy, où les hamburgers -maison sont forcément posés au coin du comptoir avec un café qu'on imagine brûlant mais tellement américain...et les petits délits du quotidien que gère l'équipe haute en couleurs du shérif...

A part peut-être que la réserve Cheyenne de Little Big Horn fait justement partie du comté de Durant...

Ni que Walt Longmire, shérif du comté, s'enfonce doucement dans la dépression, enveloppé dans sa "fourrure polaire en polyester lavable en machine du Docteur Leonard" - est-ce parce qu'on a une couverture synthétique qu'on est forcément déprimé ?! - dans sa baraque inachevée au pied de la montagne.

Montagne dont la présence est constante dans chaque page de ce roman, hantée par les âmes des Indiens autrefois chassés par le Général Custer...

A part, peut-être aussi, qu'à quelques encablures de la retraite, Walt Longmire se serait bien passé de ce cadavre retrouvé au milieu d'un troupeau de moutons...

Revenu de tout, tellement blasé, le shérif de Durant aurait bien aimé se la couler
-presque- douce ("Je ne connais pas les lois de la physique dynamique qui font que le rideau de douche se colle à votre corps dès que vous ouvrez l'eau, mais comme ma cabine de douche était entourée de rideaux sur les quatre côtés, dès que j'ouvris le robinet, je me transformais en burrito de vinyle au shérif scellé sous vide"), entre le bar de son ami indien Henry Standing Bear (prononcer "Barr", comme "Jean-Marc Barr", mais sans Jean-Marc, sinon ça veut rien dire...même avec l’accent des Big Horn !) et ses contemplations de la nature autour de la Powder River, où le ciel peut passer de bleu technicolor à gris annonciateur de tempête d'automne.

Calé devant sa télévision sans images, son pack de bières au pied du canapé, ou au fond du siège de son bureau de shérif, sur lequel sa collègue pose consciencieusement ses santiags, Walt se serait bien satisfait des joutes verbales avec Henry "Ours Debout", son ami d'enfance. Authentique, taillé dans un os de grizzly plus que jumeau de Teddy Bear, l'homme a le cynisme compulsif, et tente de soulager notre shérif de ses démons et de son veuvage.

Bientôt, le cadavre d'un ancien condamné dans le viol d'une jeune indienne, qui n'a de Pocahontas que le costume à franges, fait ressurgir les tensions que la petite ville aurait bien aimé laisser dans les archives de la police.

A bord de son Toyota Silver Bullet ou du pick-up'63 d'Henry (baptisé "Rezdawg"- le
Molosse de la réserve-... il aurait sûrement du l'appeler "Vazi-Pa", mais les Cheyennes et les Sioux ne sachant pas s'entendre sur la traduction, il avait finalement opté pour "Redzdawg") , Walt suit ses intuitions et les preuves tronquées pour tenter de démêler les fils d'un imbroglio auquel se mêlent croyances indiennes et vengeance typiquement chauvine, où la terre est un champ de lutte perpétuelle depuis que les hommes l'ont désignée territoire et qu'il faut se battre pour le garder.

Relayé dans sa quête du coupable par la communauté indienne, Walt se retrouve aussi face à de nouvelles perspectives amoureuses qu'il peine à concrétiser, et son enquête est aussi tourmentée que la vallée de Powder River à l'approche de l'hiver.

Roman policier que les Frères Cohen pourraient adapter au cinéma sans qu'on y trouve à redire, "Little Bird" sent bon le cuir des santiags, des écuries et la poudre des carabines, les "dream-catchers" n'y sont plus des attrape-touristes, les plumes deviennent de vraies symboles et les dialogues sont dignes d'un "Tontons Flingueurs" du Far West...Bref, on a hâte de sauter dans un pick-up et d'entendre le bruit rassurant des chevaux nous ramener du pays des Chamanes pour mieux nous révéler, enfin, l'identité de l'assassin...

 

Devoir de vacances ...suite ... "Le Royaume"  d'Emmanuel Carrère par David dit Dada...



Quand certains sont prêts à l'échanger contre un cheval, d'autres en ont fait leur dada. Eh bien Dada en personne a bien apprécié l'expérience, même si ce livre sera difficile à classer dans ma bibliothèque. C'est un récit d'expérience, mais aussi un ouvrage d'historien. Carrère n'a pas l'ambition d'en faire un essai sur la vie des Evangélistes mais cela pourrait également y ressembler... Le texte est plein d'autodérision et il part d'une expérience mystique très personnelle pour remonter aux origines de cette secte qui a bien réussi depuis. L'auteur se fait parfois un malin plaisir à désarçonner son lecteur pour continuer la métaphore initiale, je pense en particulier à ses "confessions" sur le visionnage de vidéos porno ou encore ses parallèles hasardeux avec l'histoire de la Russie communiste. Bref, on ne s'ennuie pas et on s'instruit en plus. Mention spéciale, pour terminer, à la réflexion du romancier Carrère qui salut en confrère le travail bien ficelé de ses "collègues" évangélistes et en particulier Luc qu'il affectionne tout particulièrement pour son style !


Et Hop ! les devoirs du we de Gwen... challenge réussi je crois....

A propos de "Sauf quand on les aime" de Frédérique Martin
 

 

J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Frédérique Martin dont j'avais apprécié son "Vase où meurt cette verveine". Depuis j'en bois souvent le soir, au coin d'un feu de cheminée , quand dehors les éléments se déchaînent .... encore que ce week end avec les températures clémentes et le soleil, on aurait presque pu s'écrier "vamos a la playa !" ... Mais je m'égare ...
F. Martin met en place ses personnages: Claire, Juliette, Kader, la vingtaine, premiers boulots, peu d'argent, la coloc sauve de tout: de la solitude, des problèmes d'argent et créé des liens d'amitiés fortes, d'amour aussi même s'il n'est pas toujours partagé. En parallèle (dès les 1eres lignes en fait), l'auteur nous décrit un voyage en train éprouvant. Une fille, seule, importunée par un gars qui se croit tout permis, scène banale de nos jours semble-t-il. Ce qui l'est moins c'est cette femme qui intervient quand les autres piquent du nez dans leur bouquin, très intéressant d'un coup. Et l'humanité revit, on se dit que tout n'est pas perdu.... Car c'est d'humanité dont il est question dans ce roman, humanité au sens "relations humaines" dans tout ce qu'elles ont de fort, de beau mais aussi de laid, de sordide pouvant mener au pire: violence, agression, mort... Mais pour autant la spirale de la vie porte les héros de ce roman.
Pour ceux qui auront lu et apprécié "Et puis Paulette" j'y ai ressenti le même élan intergénérationnel, ou comment peut-on vivre les uns à côté des autres malgré la différence d'âge, de culture, de racines...
Je ferais mienne dorénavant cette devise qui clôt ce beau roman (mais n'ayez crainte je ne dévoile en rien sa substantifique moelle): "se répéter qu'il y a tout a craindre des gens et des jours, des jours et des gens, sauf quand on les aime".





 

.... choisis un livre presque au hasard  dans la bibliothèque des " restant à lire de la rentrée 2013" et tombe sur un très beau texte...
"Le soleil à mes pieds"  de
Delphine Bertholon






 

Pourquoi il faut lire  "Un dieu un animal" de Jérôme Ferrari ?   Par Géraldine 

Derrière ce titre délicieusement blasphématoire (ni majuscule ni ponctuation) se cache un texte court, dense, sans concession ni préliminaire, mais plein à craquer (comme sont pleins d'excitation les enfants trop fatigués pour parvenir à s'endormir), et qui ne saurait s'adresser, autant le dire tout de suite, qu'à des lecteurs avertis et consentant à se manger, pendant cent pages, coups sur coups, des salves de crochets et d'uppercuts. Il vaut mieux savoir maintenir sa garde...

Derrière ce titre se cache aussi – et surtout – une référence directe à Apocalypse Now, ce qui vous donnera une indication assez claire sur l'intention de Ferrari à faire réfléchir sur les processus de déshumanisation et d'aliénation, et pas vraiment dans le confort d'une peau de bête (synthétique bien sûr) près d'un feu de cheminée, si vous voyez ce que je veux dire. Non non, on va plutôt partir à la guerre, histoire de bien comprendre que, même survivant, on n'en revient jamais vraiment, précisément parce qu'on n'échappe pas au sentiment d'être devenu un étranger au monde et à soi-même. Et puis, comme un feu ne brûle pas assez pour notre cher auteur corse, nous irons également taquiner le burn out – qui n'est rien d'autre qu'un grand incendie intérieur – dans cette autre zone de combat qu'est devenu le monde du travail. Après tout, comme le dit cette épitaphe anticipée sur une affiche appliquée au mur d'une salle de réunion de cette braise de roman, life is a competition...

Dès la première phrase, le ton est donné : le « Bien sûr, les choses tournent mal » contient toute la fatalité implacable qui squatte ici, comme un ver le fruit, les tentatives humaines de se hisser vers un absolu, un idéal ou un ailleurs : guerre, religion, accomplissement personnel par le travail, amour, famille. Tout conduit les Hommes de Ferrari à devenir l'incarnation hagarde de leur propre béance puis à s'entrechoquer comme des trous noirs se payant un tête à tête éternel, condamnés à s'attirer puis se rejeter, puis s'attirer, puis... En poussant un peu, on pourrait presque dire que Ferrari a réussi à écrire la love story, triste, de deux zombies perdus. En décrivant les mécanismes parfois similaires qui réunissent l'oeuvre morbide de la guerre et celle, non moins morbide, de l'entreprise (stratégies, sacrifices, objectifs, combats, chiffres, victoires et prix, ferveur, abnégation, dévotion, conquête), Ferrari nous sert deux personnages qui se sont connus dans l'enfance, avant leur chute icarienne, et qui vont, dans un sursaut de vitalité auquel on a tout de même peine à croire, tenter de se retrouver. L'un revient des combats, donc, chair à canon de retour au pays ; l'autre est devenue consultante, chasseuse de tête, archétype de la jeune cadre dynamique qu'un souffle ténu sépare de la rupture totale mais qui est déjà vide. Le premier est tutoyé par un narrateur omniscient qui lui parle comme à une brebis égarée – d'ailleurs je lance un débat : qui est ce « je » quelque fois présent dans le texte ? – la deuxième bénéficie d'une narration plus classique, à la troisième personne du singulier, mais ne s'en trouve pas pour autant négligée dans cette espèce d'autopsie ante mortem opérée par Ferrari. Le récit, sans pause aucune, et sans répit, passe successivement de l'un à l'autre, mais jamais ne les rassemble, bien sûr... Il y a bien, vers la fin, un peu camouflée, l'ébauche d'une sensation de bien être, mais c'est sans doute parce qu'on n'entend jamais le bruit de la balle qui nous tue : elle nous atteint plus vite que le son. On croit à un cessez-le-feu, mais on est déjà mort.

Au début je me suis demandée pourquoi un homme qui écrit un livre aussi sombre, aussi désespérant, aussi marqué par la vanité des choses « qui tournent mal à leur manière mystérieuse et cruelle de choses » prenait précisément le parti de l'écrire. Et puis j'ai trouvé la réponse assez vite : le fait même de l'écrire est l'antidote au poison. Ce que nous révèle Ferrari, c'est que la beauté de l'Art est sans doute le seul absolu qui peut résister à la fatalité de la chute. Et de la beauté, il y en a dans le livre, à la pelle. En plus si vous êtes, comme moi, adepte du less is more, vous serez comblé : il n'y a rien à enlever, le texte est net, comme essoré par cet auteur décidément très doué, et il ne reste de cet essorage qu'une fine flèche plantée comme un trait au cœur de la cible et qu'un lecteur K.O.

Ce texte ne console pas les chagrins ; il ne soulage pas la tristesse ; il n'est pas là pour confirmer toutes les injonctions modernes au bonheur ; il n'a pas le goût d'un cocktail siroté en bikini l'esprit léger contre le sable brûlant d'une plage de la costa del sol et je vous le déconseille vivement si vous cherchez un feel good book. En revanche si vous êtes combatif et lucide et que vous voulez prendre un recul intelligent et esthétique (rare combinaison, s'il en est) sur cette putain de crise économique et ces putains de guerres plus ou moins latentes qui gangrènent le monde, il faut lire Un dieu un animal

 

 

"Dans le secret" de Jérôme Ferrari, Actes Sud/Babel 2010.

 

"Tout va bien.'

Point final.
C'est la dernière phrase du livre, que j'ai fini aux premières lueurs de ce dimanche d'octobre...

Tout va bien ??

Non. Rien ne va bien à la lecture du livre de Jérôme Ferrari.
La Corse est constamment sous la pluie, les hommes ont perdu la foi, l'humanité dégouline de désespoir.
Rien ne va pour Antoine, ni pour son frère, ni pour ceux qui les entourent
(...)" et il se sentait enveloppé de tristesse et de nuit. Comme si tout chose était un morceau de tristesse matérialisée."

A cause d'une phrase prononcée dans un demi sommeil par sa femme, Antoine se confronte, et nous met face à ses démons les plus intimes .
Aucun espoir n'émerge des mots de Ferrari ("Cesse de pleurer sur la vie que je n'ai pas eue, lui écrivait-il, le possible n'existe pas. C'est la vérité et c'est une consolation. La seule.")

Nous sommes engloutis dans les entrailles nauséabondes des secrets de cette famille où les bassesses des uns font écho aux inconséquences des autres.

L'introspection est visqueuse, sanglante, sans appel et sans rédemption possible.
Réflexion désabusée et sans complaisance, ce livre m'a laissé un sentiment confus, entre colère et violence.
Comme toujours chez Ferrari, les mots sont justes, cinglants, implacables.("Il s'était tu comme s'il savait que la vie était difficile et laide, jusque dans la futilité et l'insignifiance de certaines blessures qu'elle nous inflige.")
Les personnages sont embourbés dans la désespérance et nous ne pouvons que constater la lente mais inexorable noyade de leur humanité.

Colère, oui, devant la faiblesse amorphe de ces hommes qu'on voudrait arracher à leurs ténèbres, viscéralement .("La vérité est que je suis un de ces êtres faibles qui ont besoin d'une raison de vivre et dont la faiblesse est si parfaite que, ne trouvant bien sûr aucune raison, ils n'en continuent pas moins de vivre.")
Violence, aussi, parce que des "secrets" suintent tellement de fatalisme qu'on voudrait pouvoir s'extraire de la noirceur dense et compacte des désillusions des personnages, mais qu'elle nous maintient la tête sous l'eau...

Alors, je suis bien aise que ce dimanche d'octobre m'ait permis de refermer le livre sur des allures d'été indien, parce que, incorrigible optimiste, je reste persuadée qu'on peut y arriver.

Bien sûr, l'actualité me renvoie trop l'image du désenchantement des hommes, mais je veux continuer à y croire...
"Dans le secret", aussi sombre soit-il, m'aura au moins permis de me dire : Putain, je suis vivante ! Tout va bien.


 

Et voici le gros coup de cœur de Gwen  pour le livre "La Couleur du lait" de Nell Leyshon (Auteure), Karine Lalechère (Traduction) aux Éditions Phébus /LIBRETTO.

 

"une écriture brute, le langage parlé de cette jeune fermière embauchée chez un révérend pour s'occuper de sa femme malade. Pas de majuscule, une grammaire approximative ("alors ? comment que c'est ?"). De quoi surprendre pendant les 1eres pages mais on se retrouve vite en 1831 à lire par-dessus l'épaule de Mary pendant qu'elle écrit et à suivre sa destinée. Un roman sur la difficile condition de la femme dans la campagne anglaise à cette époque, surtout si elle est d'origine modeste."






 
Dans la série les lectrices travaillent pour la librairie "Le Marque Page", voici Sarah pour  "Philidad'André Brink  chez Actes Sud.
Merci Sarah !!

 


 
Dès les première lignes, j'ai été happée. André Brink m'a emmenée en Afrique du sud de 1832 à 1834, année de l'abolition de l'esclavage dans ce pays. Comme dans un film muet, en noir et blanc, j'ai partagé le quotidien de Philida, jeune esclave tricoteuse.Une vie de luttes, de révoltes, de tristesse mais aussi d'espoirs.
André Brink raconte un morceau de son histoire familiale avec délicatesse,parfois avec humour et pourtant sans détour.
Belle découverte, merci Monsieur le libraire.
Sarah.


 

Et hop !!   Aujourd'hui John Irving " A moi seul bien des personnages" Éditions Seuil 2013.
 

"A moi seul bien des personnages"

Le monde selon...Irving, ou la "Théorie du Genre" revisitée à la sauce New Hampshire...plus corsée que la Worcestershire, c'est un cocktail digne d'un Bloody Mary de "vrai bonhomme" que cet opus de John Irving !
Aux ingrédients de base -bûcherons décadents, ours plus ou moins bien léchés, image du père en filigrane -, Irving ajoute une pincée de Shakespeare et distille habilement son mélange, et on se retrouve vite "Tous à poils" dans son roman...(Le rapport avec la fourrure des ours ou la pilosité travaillée des moustachus n'est pas fortuite !).
Voilà un livre que j'ai envie de recommander à la fois à Eric Zemmour, Conchita Wurtz et Simone de Beauvoir...sans communautarisme aucun.
L'histoire est celle de William, écrivain en devenir,à qui la littérature est révélée par une bibliothécaire pour le moins consciencieuse et haute en couleurs (assurément, il existe plusieurs nuances de gris dans la bibliothèque municipale de "First Sister", Vermont...).
Au cœur d'une université américaine de second choix, au début des années 60, Billy,se cherche, au sein -juvénile, évidemment- d'une famille impliquée dans la troupe théâtrale du campus,qui monte des pièces de Shakespeare sous la houlette, entre autres, d'un metteur en scène norvégien...Du pur Irving !
Où l'on suit les errances du jeune William, que les garçons de l'équipe de lutte ne laissent pas indifférent, pas plus que les conseils avisés de la bibliothécaire sur les choix de lecture adaptés aux adolescents (d'aucuns profiteront de l'occasion pour présenter "Madame Bovary" sous un angle...différent à l'épreuve du Bac de français !).
Un père évanoui dans la nature dont le souvenir hante l'adolescent, une mère souffleuse de théatre, en retrait dans les coulisses, un grand-père truculent sous les feux des projecteurs, une meilleure amie à laquelle Wonderbra ou Playtex auraient sûrement proposé un contrat publicitaire, et "bien des personnages" aussi baroques que névrosés gravitent autour du jeune homme.Voilà, le décor est planté."To be or not to be"...
Loufoque, jamais bizarre, parfois cru, mais jamais vulgaire, le roman d'Irving nous embarque -on voyage, en bateau aussi, dans la vie de Billy -jusqu'à...mais je vous laisse découvrir le livre !!
Autant "La vérité sur l'Affaire Harry Québert" de Dicker qui s'embourbe dans des élucubrations autour de la genèse de l'écrivain m'a laissé l'arrière goût rance et écoeurant d'un breuvage qui aurait mal tourné (façon "Worcestershire Sauce" plus aigre que douce !), autant "A moi seul bien des personnages" m'a réconciliée avec la fiction (auto)biographique... fiction beaucoup, mais biographique souvent sans doute chez Irving.
"Gender study" sans parti pris, Irving apporte subtilement sa pierre à l'édifice d'un "ABCD de l'égalité" sans prosélytisme.
On rit, souvent, mais jamais aux dépens des personnages (Pour le coup, la traduction est bonne), on est surpris, choqué, parfois (Irving appelle un chat...un chat, aussi!), ému, interrogé...bref, à nous seuls bien des réflexions.
La description de l'Amérique des années 70 n'est pas sans me rappeler les évocations d'Amistead Maupin.J'ai visualisé Matthew Mc Conaughey dans "Dallas Buyer Club" ou Tom Hanks dans "Philadelphia" à la lecture des chapitres des années 80-90. Le puritanisme américain qui ne se lasse pas d'ériger le virus du SIDA comme une expiation des "erreurs d'aiguillage amoureux" y est particulièrement bien décrit.

Le livre nous mène au cœur du "Burlesque", au propre, comme au figuré. Plus raffiné que les montreurs de la femme à barbe à la foire, bien plus habile et délicat qu'un Michou de cabaret dans son costume bleu pailleté, Irving ne nous accable jamais, et nous laisse distinguer par nous même, le genre qui nous convient, loin des stéréotypes du-dit, pour le moins...

Et si je ne devais conclure que d'une phrase, je conseillerai aussi à Alain Soral et ses acolytes de méditer sur celle-ci : "On ne nait pas femme, on le devient"...

Allez, en voiture, Simone !

""""


 
Et voici un nouveau coup de cœur littéraire, celui ci vous est présenté par Géraldine...
Pourquoi il faut lire L'Ancêtre de Juan José Saer
(publié chez l'excellente maison d'édition
Le Tripode )

Qui n'a jamais échoué à soutenir le regard d'un ciel de nuit, tant le vertige des étoiles, ou du vide quand elles ne brillent pas, engendre des questions auxquelles il demeure impossible de répondre et devant lesquelles on ne peut rester tout à fait serein, que l'on soit, ou non, astrologue ? Pourtant, tôt ou tard, on finit toujours par y replonger les yeux, poussé par le même instinct qui allume en nous l'envie implacable de relancer la toupie quand son dernier tour de valse a fini par lui rappeler le montant de sa dette envers la gravité. C'est ce type d'attraction qui nous attrape dès qu'on ouvre L'Ancêtre, récit chronologique et linéaire, écrit à la première personne, inspiré d'une histoire vraie et qui donne à connaître la vie de celui qu'il faut se résoudre à appeler « notre héros » puisqu'on ne connaitra jamais son patronyme. Pour faire court je reprends la 4ème de couverture : « En 1515, trois navires quittent l'Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. À peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l'accompagnent sont massacrés par des Indiens. Seul un mousse en réchappe. Fait prisonnier, il n'est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l'occasion du passage d'une autre expédition. »

Ceci étant posé, le récit se dérobe à toute tentative de classement et cela fait le plus grand bien en ce temps d'hyper-classification du monde et des individus. Entre roman d'apprentissage et récit d'aventure, mémoires et poésie en prose, essai philosophique et tentative ethnologique, nous sommes emportés par l'écriture, toujours un peu insaisissable, tout comme le sont ses personnages, de Juan José Saer. Ce texte d'un peu moins de 200 pages, redécouvert par hasard par Frédéric Martin (qu'il en soit remercié), dérive tranquillement jusqu'à son terme sans véritable pause (ni chapitre, ni partie). Mais on y trouve tout de même de belles respirations habilement diluées dans le courant d'évocations qui le remue. L'ancêtre, le narrateur, à l'aube de sa vie, repasse sa plume sur l'encre effacée des boucles qui l'ont composées (en épargnant son lecteur, rassurez-vous, les laborieuses digressions auto-réflexives sur la mémoire que comportent d'ordinaire ce genre d'exercice). On y trouve (trop) peu de portraits, mais ils sont admirablement réalisés - il faut voir le capitaine ou le Père Quesada ! En revanche, on navigue sur de plus nombreuses nappes scéniques qui donnent son véritable rythme au récit : la jeunesse, la navigation en mer, la capture, la longue marche pour atteindre la tribu, la nuit fiévreuse, anthropophage et cathartique qui suivra (je n'en dis pas plus, ce serait spoiler l'acmé du récit), l'arrivée d'un nouveau prisonnier et le retour au monde civilisé. L'écriture de Juan José Saer, composée de longues phrases ciselées jusqu'à la perfection et augmentée par l'excellente traduction de Laure Bataillon, donne littéralement à voir ces scènes, comme au cinéma. Le même effet se produit pour les nombreuses et très belles descriptions des éléments et des manifestations naturelles (les paysages fluviaux font d'ailleurs penser à ceux présents dans Aguirre, la colère de Dieu) : cieux diurnes, cieux nocturnes, océan, fleuve matriciel, étoiles, lunes, éclipses, rythme des saisons.

Voilà installé le somptueux décor d'une fable moins perceptible mais terriblement puissante, l'autre partie de l'iceberg dessiné par Saer. À la manière de poupées russes, l'auteur nous offre des vertiges existentiels dont on ne s'échappe pas sans stigmate, des mises en abîme entre l'insignifiance humaine et les vastitudes du ciel, des répétitions de motifs à chaque fois légèrement modifiés, des manèges humains aussi inquiétants que rassurants, des cycles saisonniers qui dictent les humeurs et les activités des Hommes, des mouvements de balancier entre intérieur et extérieur, réalité et hallucination, homme et animal, monde sauvage et civilisation, nature et culture, soi et reste du monde.

Il faudra toute une vie au narrateur pour digérer sa décennie d'étrange étranger chez les Indiens (c'est étonnant, d'ailleurs, comme il sera également étranger à son retour) ainsi que pour faire le tour de leurs énigmes tribales, parmi lesquelles leur langue aussi subtile qu'est abominable leurs habitudes alimentaires. Et il nous faudra, à nous lecteurs, tous ces cieux découverts pour que nous soit révélée la sagesse d'un monde pas tellement éloigné du notre. Elle est belle et profonde, cette sagesse, c'est pour cela qu'il faut lire L'Ancêtre ! """

Géraldine.



Billet d'humeur...



 

" La mise en abyme....ou comment préférer relire dix fois "Le monde selon Garp" plutôt qu'une fois "La Vérité sur l'Affaire Harry Québert"...
Ouvrir le livre de Joël Dicker, c'est un peu comme soulever le couvercle de la boîte de "Vache-qui-rit"....et constater qu'elle est...vide !
Mais si ! La boîte sur laquelle il y a cette image de vache qui porte des boucles d'oreilles en forme de boîte de "vache-qui-rit" sur laquelle il y a une vache qui porte des boucles d'oreilles qui...etc.
...On appelle ce procédé "la mise en abyme"...
Je ne retiendrai que le mot "abyme", ou plutôt "abîme", concernant le roman de Dicker...
Sur la couverture de l'édition de poche, figure une reproduction d'Edward Hopper, et au dos une photo de l'auteur, pâle sosie de Bradley Cooper (Rien à voir, mais il joue dans "Very Bad Trip"...C.Q.F.D.!...et accessoirement vante les mérites d'une célèbre marque de crème glacée en pot)...bref.
Sur la couverture, donc...le couvercle (rapport à la boite de fromage en portions, vous suivez ?), l'illustration laisse envisager un périple au cœur de l'Amérique ordinaire.
Très fort, Monsieur Dicker peut se targuer d'être couronné par le Goncourt des Lycéens et le Grand Prix de l'Académie Française...
...mais revenons à cette histoire d'abyme (ou d'abîme)...Justement. Le livre s'ouvre- après un prologue- sur une première partie qui commence par "Dans les abîmes de la mémoire"...la bien nommée ! On ouvre des boîtes de "Vache-qui-rit" à l'infini rien qu'en tournant les vingt premières pages du bouquin !
Mais de quoi parle-t-il à la fin ce roman, allez-vous me demander ?!
D'un romancier qui écrit un roman, sur un romancier qui a écrit un roman...
Ah...?!
Et ?
Et bien, sur 862 pages (Édition de poche), un jeune homme au physique avantageux (le Bradley Cooper de la littérature !) décrit son ascension fulgurante après la parution de son premier roman (Dites-donc, Joël Dicker, 'seriez pas un peu en train d'nous parler d'vous, des fois ?!)...suivie de la dégringolade provoquée par son manque d'inspiration.
En parallèle, il s'attaque à l'écriture d'un livre sur l'histoire de son maître à penser (le fameux Harry Québert, obscur professeur de littérature tourmenté, solitaire, et amateur de boxe à ses heures).
Professeur, qui, des années auparavant, a écrit un roman ("Les Origines du Mal", ça ne s'invente pas !) le propulsant au sommet, avant de sombrer dans un quasi anonymat...Ouf !
Le livre s'articule autour d'une succession de jeux de miroirs (la fameuse "mise en abyme") entre les deux protagonistes, l'élève et le maître, le chef d'œuvre du prof et le manque d'inspiration de l'élève, le tout sur fond d'enquête policière ("L'Affaire Harry Québert") et d'histoire d'amour aussi impossible qu'interdite (le prof' de littérature tombe amoureux d'une ravissante pseudo-ingénue blonde en robe rouge de quinze ans sa cadette fille de pasteur...So "Cliché" !).
A chaque chapitre, Joël Dicker nous gratifie d'une citation : soit c'est une pensée d'Harry Québert, enfin du livre du professeur, soit de l'apprenti écrivain, ou alors un extrait du livre (du prof ou de l'élève)...pour être certain qu'on suive bien (ce qui, à ce stade, me semble de moins en moins évident !).
Parfois, j'avoue, j'ai trouvé quelques passages pas si mauvais. N'en déplaise au libraire, qui, m'ayant vue prendre le livre, s'empressa de me le déconseiller, appuyé dans ses propos par un autre lecteur de ses clients...
Par pur esprit de contradiction, j’ai donc crânement donné 9,20 € au libraire désappointé pour 428 grammes de Joël Dicker (pour info, 24 portions de "Vache-qui-rit", soit 400 grammes, c'est 2,53 € au supermarché du coin, j'ai vérifié !)...et suis allée me plonger dans la lecture du livre.
Au-delà des digressions de l'auteur sur les amours coupables entre le professeur et la jeune-fille-aux-cheveux-blonds, l'art de l'écriture, la noblesse de l'écrivain inspiré, la déchéance de la page blanche, la rigueur qu'exige la rédaction d'un chef d'œuvre (sic), le jeu de miroirs fonctionne, il faut le dire, plutôt bien sur les 600 premières pages. Même si parfois, l'impression d'être dans le Palais des Glaces d'une fête foraine confine un peu à l'écœurement.
...Très fière de balader mon "écrivain-beau-gosse" et son pavé (862 pages, pour mémoire !) au gré de mes pérégrinations estivales, j'avançais donc au rythme des apartés et des "flash-back" (Hey, ça se passe en Amérique, Damn'd). Ceux que j'ai croisé avec mon Bradley Cooper de papier sous le bras m'ont parfois dit : "Ah oui, lui....j'ai adoré !"...
...et puis, j'ai entamé les 200 dernières pages...
...et là...
Là !!!
Déception absolue ! (Mais qui a reposé la boite de fromage vide dans le réfrigérateur ??!)...
L'abîme après l'abyme...la chute du soufflé à la vache-qui-rit...
Monsieur Dicker, pourquoi ?
C'était un roman plutôt pas désagréable, enfin...pas compliqué. Facile à lire sur un banc à la pause-déjeuner ou sur la plage...et ces deux cents dernières pages, POURQUOI ??
Même si vous vous écoutez écrire (à la façon d'un BHL se citant dans une émission littéraire !), il me semble que vous n'aviez pas le droit de rester sourd à ce point devant la façon dont vous avez expédié ces deux cents dernières pages !!
Eut égard à l'apologie que même Môssieur Bernard Pivot-de-l'Académie- Goncourt fait de votre livre sur la quatrième de couverture, vous auriez au moins pu faire semblant d'y croire jusqu'au bout !
Aussi vrai que "La Vache qui Rit" est insipide et fade, je dois donc me rendre à l'évidence : le libraire et son client avaient raison !
Je referme le livre du bellâtre-écrivain et je file au "Marque-Page" (Pub !) acheter le dernier John Irving...
Parce qu'au prix au kilo, je suis sûre d'en avoir pour mon argent ! (En plus, ce sera moins indigeste qu'une tartine de fromage fondu !)."

 

 
 
 

Contournons les "incontournables" ...médiatiques et parlons sans détours de vrais beaux livres...

En voici deux, du même éditeur et quel éditeur: Le Tripode !!!

Merci pour ces deux chefs d’œuvres....précipitez vous...

"L'alpiniste " de Bernard Amy

"La Vie Revee de Rachel Waring" de Benatar Stephen



 
 

Bon la récré est finie...au travail ! Youpiiii

avec :

" Goat Mountain" David Vann aux Éditions Gallmeister
" Deep Winter" Samuel W.Gailey aux Éditions Gallmeister
" L'Ancêtre" de Juan José Saer aux Editions
Le Tripode
" Lettre à un jeune poète" de Virginia Woolf Rivages poche.




"Le tirailleur" Alain Bujak (Auteur), Piero Macola (Auteur, Illustrations)
Editions Futuropolis.

 
A l'heure ou le "devoir de mémoire" est au goût du jour... juste pour mémoire...ceux que la France à oublié...

                                                                                                                                                     Je commande


"Mon Papa Pirate "  auteur Davide Cali, illustrateur  Maurizio A.C. Quarello , Editions Sarbacane.

Un trés bel album jeunesse, beaucoup d'émotions ...
 
Le Tatoué, Le Barbu, Figaro... Ainsi se nomment les hommes d'équipage du grand pirate qu'est le papa du petit garçon de ce livre. C'est d'ailleurs parce qu'il est pirate qu'il est toujours parti... Jusqu'au jour où arrive un mystérieux télégramme. Le petit garçon part avec sa maman pour un long voyage, qui lui fera découvrir une réalité tout autre... Son papa est bien un héros, mais pas celui qu'il croyait !
 


                                                                                                                 Je commande



"Julius aux alouettes" de Fabienne Juhel aux Editions du Rouergue

 

Partout où j'ai promené Julius, les lecteurs ont de quoi être étonnés, surpris, choqués.... Alors oui c'est un roman qui nous questionne, c'est un roman qui pose l'essentiel, nos relations Humaines, nos relations à la nature, et oui nous pouvons être choqué car l'auteure en a cette liberté. Julius n'est pas le nouveau messie, mais il a cette universalité qui fait de lui le frère, le père, l 'ami, l'amant, le sauveur, il est ce poète prophète, il est notre conscience. Tel un miroir, Julius aux alouettes, nous renvoie nos apparences, notre superficialité, il met à mal nos croyances, nos certitudes. Dans cette tragédie en cinq actes, depuis la rencontre "initiatique" jusqu'à sa mort, Julius accompagne chaque acteur du livre dans sa redécouverte de soi, de l'autre, de la nature et de l'amour. Mais alors quand va t il ressusciter ?
Je déconseille fortement ce livre à tous les obscurantistes, intégristes de tout poil et autres pisse-froids passéistes.... A tous les autres, ceux qui savent que les lignes de pensées peuvent et doivent bouger, ceux qui comprennent que justement la littérature est là aussi pour initier ces mouvements , alors vous, oui vous devez lire ce livre.

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